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Patrick McGoohan est mort…
McGoohan, c’est le créateur de la série The Prisoner, et l’acteur principal de la série, dans le rôle du héros, le n°6. Pour les "non
initiés" (et qui se doivent de reconnaître leurs torts), la série débute sur la démission du personnage de McGoohan des services secrets britanniques (semble-t-il). Après une formidable
scène dans laquelle il roule à toute berzingue (si, si, des gesn utilisent encore ce mot) au volant d’une Lotus Seven dans les rues de Londres, un gaz soporifique entre dans son appartement par
la serrure, et il se réveille au Village. Tout le monde y porte des noms bariolés, pas de noms, seulement des numéros, lui est le numéro 6, et le village a une architecture des plus incroyables,
méconnaissables. La vie du Village se fait en totale autarcie, sous la surveillance du n°2, de nombreuses caméras, et du Rôdeur qui empêche toute tentative d’évasion. Le n°6 court après sa
liberté – dans le générique il dit même « I am not a number. I am a free man » - vainement, il cherche à savoir qui est le n°1, pourquoi il est au Village. Le n°2 cherche à lui soutirer
des informations (mais lesquelles, nous le savons pas), le n°6 cherche à quitter le Village. Qui est le n°6 ? Pourquoi est-il là ? Où est le village ? Qui est le chef de cette
machination ?... La fin de la série – qui se produit plus tôt que l’aurait voulu McGoohan par manque de moyen – laisse planer le doute sur toutes ces questions.
Patrick McGoohan est mort…
Et finalement, au lieu de ne retenir que la qualité fantastique de son œuvre magistrale The Prisoner, dans les articles, on relève surtout qu’il n’a jamais donné d’explications à ce propos, malgré les multiples et incessantes demandes.
Pourquoi, à l’occasion de ce décès, ne pas se contenter de saluer cette œuvre avant-gardiste – la première série télé moderne – voire se retaper d’affilée les dix-sept épisodes, et chercher soi-même « un sens », si tant est qu’il y en ait un ? Comme si on avait besoin qu’on nous prémâche le travail, qu’on ne le livre déjà digéré, comme si on avait pas le temps – la volonté – de réfléchir sur la portée de son travail par nous-mêmes. La parole de McGoohan himself aurait certainement permis de nous conforter dans nos idées, mais laisser cette œuvre à notre propre analyse, « dans le domaine public » est aussi, selon moi, une mise en abyme avec le propos même de la série. Imposer une pensée, « la bonne parole » ferait de McGoohan le « méchant » contre lequel le n°6 se bat.
La série a toujours, dès sa création, eu une résonnance particulière avec « le monde réel ». ce qui fait aussi sa modernité, c’est qu’aujourd’hui encore le propos, loin d’être daté, nous semble totalement à sa place dans notre société.
Be seeing you ! (comme dirait n°6)
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